Le souffle du bleu

Les mots bleus sont les mots de l’âme, les mots de ses vibrations, les mots de l’impalpable et sans doute les mots du bonheur retrouvé… un beau challenge pour les collections à venir.

Le vaste champ chromatique des bleus plante le décor et tisse le lien entre paysage urbain et nature apaisante. Un souffle de fraicheur « détoxe » les collections et oxygène les basiques neutres. Il incite à développer ses bienfaits, calme et sérénité, en pacifiant les pièces structurées.

Avec lui, la chemise masculine poursuit ses mutations dans un exercice de style qui séduit toutes les générations. Cet engouement autour du shirting renouvelle l’intérêt autour de ce vêtement et les possibilités de ses déclinaisons repoussent leurs limites. Comme prise dans le mouvement d’une brise légère, la chemise masculine se déconstruit souvent dans de nouvelles propositions omniprésentes de robes et de vêtements hybrides. La vague de bleu, tout en formalisant le casualwear, participe activement à décloisonner les frontières entre les marchés dans un vaste mouvement « ungendered ».

Le bleu, c’est la couleur du ciel et de l’eau, mais aussi celle de l’air avec des densités variables jusqu’à la transparence. Les bases coton sont donc préférées affinées et les jeux de rayures et carreaux y jouent les vents contraires en dessinant des ondulations ou des ruptures de lignes.


La transparence aérienne s’assume en priorité sur les soieries et mailles. L’envie d’alléger fait émerger les jacquards fils coupés, les rayures évidées et les impressions dévorées, effacées ou tronquées. Les couches de tulles, ou de voiles évanescents, des plissés expérimentaux, des dentelles, s’imposent au quotidien pour mettre le jupon en vedette dans un effet de « cloud » matérialisé.

Cette légèreté azuréenne frôle l’immatérialité chez les acteurs du tech avec des sélections de tissus performants poids plume.

Pour les petites pièces principalement féminines, les fantaisies sont choisies sur des supports légèrement transparents mais pudiques : voiles cotonniers façonnés, fils coupés, plumetis, mailles jacquard et jerseys diaphanes rayés de transparences.

La fraicheur favorisent la clarté des délavages et sa réémergence. La chemise denim s’est installée dans les vestiaires et cette saison elle s’étend définitivement à l’univers féminin décontracté.

Elle s’écarte des denims classiques, avec des chambrays fantaisies plus proche du shirting avec des rayures, des façonnés et des semis naturalistes brodés de mini dessins, et des toiles de coton ou des gabardines de coton pour les pièces de dessus, les jupes et les pantalons. Les délavages sont demandés dans des nuances de bleus de plus en plus frais. Usure et travail de la main fait appel au recyclage ou aux teintures artisanales pour des pièces uniques.




Une touche technique s’y infiltre, avec un attrait émergeant pour les indigos imperméables et respirants.

Contre vents et marées, la matière phare des champs du nord tiennent la vedette. Les lins naturels et flammés ou en mélanges plus techniques s’imposent sur toutes les pièces jusqu’à l’outdoor. La présence du lin évoque à eux seuls toutes les sensations du naturel, de l’authenticité.

En maille, lins et coton se font plus rustiques, s’effilochent et se délavent avec l’affectivité nostalgique du «petit pull marine».

Du côté des imprimés, les dessins jouent sur les mots du bleu et sur leur matérialité. Les faïences et les porcelaines du XVIIIème siècle aux pigments bleus inspirent les décors, Delft, Moustier, Azulejos, porcelaine de Chine et fayences du nord impriment de motifs décoratifs d’oiseaux et paysages bucoliques, frises voient la vie en bleu, la vie comme un rêve.

Un rêve d’horizons lointains, de nouvelles terres de découvertes qui s’expriment sur les variations ethniques et artisanales autour de l’indigo.

Le pigment et le geste de la main de l’artiste, donne au bleu toute sa pureté, sa force contemporaine, et son universalité.