Une passion des etoffes

Gaëtan Gatian de Clérambault n’était-il que psychiatre ? Lui qui écrivit à propos de la passion des étoffes : « Nous aimons à promener la main sur la fourrure ; nous voudrions que la soie glissât d’elle-même le long du dos de notre main. La fourrure appelle une caresse active sur son modelé : la soie caresse avec suavité uniforme un épiderme qui se sent surtout devenir passif ; puis elle révèle pour ainsi dire un nervosisme (nervosité) dans ses brisures et dans ses cris. »

Pour désigner cette recherche spécifique du contact de la soie doué d’une vertu aphrodisiaque, deux néologismes lui ont paru nécessaires : hyphéphilie (recherche érotique de l’étoffe) et aptophilie (jouissance par le toucher).

L’homme, (fétichiste ?), qui observait les femmes qui aimaient trop « le cri de la soie », pouvait énumérer avec une précision maniaque les différents points d’un ourlet « feston, boutonnière, bride, grébiche, languette, etc. » Comme certaines de ses patientes, couturières de profession, il ne s’est pas contenté d’aimer les tissus et conçut lui-même des drapés sur des figurines fabriquées à sa demande et dessinées par lui.

Aveugle et arthritique, il se suicida face à son miroir âgé de 62 ans. Sa vie fut centrée sur le travail du regard. Clinicien, descripteur subtile des hallucinations visuelles, enseignant du drapé aux Beaux-Arts de Paris, poète, dessinateur et photographe. Il laisse un milliers de clichés, essentiellement des femmes marocaines voilées dont les drapées sont des sujets en soi, s’échappant ainsi de l’Orientalisme ambiant. Ses photographies s’inséraient dans un ambitieux projet d’études des techniques de drapé dans les sociétés traditionnelles : « Nous voudrions pouvoir codifier les drapés à ce point que leurs signalements tiennent en peu de mots, et qu’ils puissent être identifiés, même sans dessin, comme un visage. » Mais cette publication ne verra pas le jour. Cet ensemble de photographies est désormais conservé au musée du quai Branly.

Ses publications psychiatriques sont fascinantes. A (re)lire : « La Passion érotique des étoffes chez la femme » (1908-1910), « La Classification des costumes drapées » (1928) ou encore « Du tissage chez les malades » (1929), « Note sur le métier à tisser chez les Chinois » (1932).

© Gaëtan Gatian de Clerambault, photographs, in Morocco recuperating from a war wound.


Auteur : Sylvie Marot


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