Tapis berbères du Moyen Atlas

Le Moyen Atlas marocain est la terre de nombreuses tribus amazighes (Ait Youssi, Beni M’Guild, Zayanes, etc.) qui se sont implantées sur ces terres à partir du 16ème siècle. Dans cette région rendue moins accessible par sa situation en altitude, l’afflux des touristes est plus limité que pour le reste du Maroc et les grands centres comme Casablanca, Marrakech ou Fès.

Les artisans des communautés berbères évoluent donc souvent en dehors des circuits de distribution et connaissent la concurrence des produits d’importation. Vivre de leur savoir-faire et transmettre leurs connaissances aux générations futures sont devenus des défis de plus en plus insurmontables. Les tribus vivent essentiellement de l’élevage de moutons et la pratique du tissage s’intègre harmonieusement dans ces traditions pastorales.

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Dans le village d’Ain Leuh, tout près d’Ifrane, la Coopérative des tisseuses réunit une vingtaine de tisserandes berbères qui vivent dans les alentours. Fondée à la fin des années 1970 dans ce village reculé du Moyen Atlas, la structure est toujours en activité. Les femmes se réunissent dans un grand atelier équipé de larges métiers à tisser verticaux, de rouets et de stocks de laine, et tissent ensemble dans une ambiance de travail détendue et attentive.

L’hiver est rude dans la région. Les tissages sont donc réalisés dans une épaisse laine de mouton que les femmes traitent, lavent, cardent, filent et enfin teignent. Les tapis sont souvent réalisés sur un fond clair de laine blanche. La couleur noire vient aussi de la toison naturelle du mouton. Les autres tons, dans de subtils camaïeux de bleus, verts, rouges et bruns, étaient autrefois obtenus par teinture végétale et sont maintenant le plus souvent des coloris chimiques.

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On parle de hembel pour désigner ces larges tapis tissés à ras. Les tisserandes utilisent aussi le métier vertical pour réaliser des handira, des capes qui servent aussi de couvertures, mais aussi des coussins et des petits tapis de prière. De leurs mains expertes, elles créent des pièces aux compositions géométriques complexes qui puisent dans un répertoire de motifs de la tradition Beni M’Guild, un peuple voisin des Zayanes dont le territoire s’étend autour de la ville d’Azrou et jusqu’à Ain Leuh. Zig zag, arrête de poisson, insecte, patte de lion et grain de blé stylisé racontent sur les textiles la vie quotidienne et l’histoire, mais aussi la faune et la flore qui entourent cette tribu montagnarde habituée aux froids paysages de cèdres géants et de grands lacs.

Crédits photos : Tissus & Artisans du Monde


Auteur : Magali An Berthon


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