Shibori, la teinture du Levant

Le respect. Un pilier de cette technique de teinture ancestrale, dont les premières traces au Japon remontent au 8ème siècle de notre ère.

Le terme provient du Japonais « shiboru », qui signifie tordre, presser. Rien qui n’évoque explicitement, de prime abord, une quelconque forme de respect. Néanmoins, le Shibori repose sur un principe de base : écouter le tissu. Tenir compte de ses caractéristiques intrinsèques et immuables pour le traiter au mieux. L’honorer, le glorifier. La technique utilisée le sera donc en fonction de l’étoffe, en harmonie avec elle. La matière dicte ses conditions. Elle peut se le permettre, puisque l’on recense plus d’une cinquantaine de techniques différentes – un chiffre qui fluctue, et qui tendrait plutôt à décliner, certaines disparaissant avec les artisans qui en détenaient le secret.

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Le shibori est une variation de teinture à réserve, dont le principe est de préserver certaines portions du tissu de l’apprêt qui lui est appliqué. Ces « réserves » sont créées manuellement et méticuleusement avant le stade de la coloration, selon divers procédés : nouage de certaines sections du tissu avec du fil de soie, boucles, ligatures, coutures, plissés, drapés, étoffe enroulée autour d’un bâtonnet de bambou ou pressée entre deux morceaux de bois… La matière est traitée dans un espace tri-dimensionnel, avant de révéler, à plat, toute l’étendue des subtilités offerte par la méthode. Après de nombreuses étapes entièrement artisanales et un protocole strict relevant presque du rituel, le tissu affiche, en négatif, l’empreinte qui lui a été assignée. Un décor unique, qui dépend tout autant de la technique choisie que de la main l’ayant mise en œuvre.

Au Japon, le Shibori est un art à part entière. Il a orné les luxueuses tenues des Samouraïs, les somptueux kimonos de l’époque d’Edo. Sur soie, il a paré la noblesse de Kyoto, avant de s’exporter, notamment à Arimatsu, pour habiller de coton ou de lin les classes de population plus modestes. Plus récemment, c’est le créateur Yohji Yamamoto qui rendait hommage à ce savoir-faire nippon avec des motifs envoûtants fleurissant sur les robes et kimonos de ses collections.


Auteur : Angèle Hernu


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