Ramie : un textile durable pour le futur ?

Boehmeria nivea, ou « ramie », est une plante vivace à fleurs cultivée depuis des milliers d’années, mais qui, dans le monde du textile contemporain, a tendance à être éclipsée par des plantes à l’usage plus courant comme le coton, le lin ou le chanvre. Originaire de l’Asie de l’Est, la culture de cette fibre – une variété d’ortie connue comme « l’herbe de la Chine » – ne s’est développée qu’à petite échelle à travers l’histoire, et se distingue par sa solidité et son lustre exceptionnels.

Le pedigree de la ramie remonte à l’époque des pharaons égyptiens, quand elle était tissée pour la confection de linceuls qui enveloppaient les momies. Remarquée pour sa rigidité et sa capacité à conserver sa structure – devenant même encore plus solide une fois mouillée – elle est ensuite devenue une fibre textile de choix pour les tissus ouverts destinés à des climats chauds jusqu’au 20ème siècle.

Malgré une histoire riche et une résistance exceptionnelle, la demande de ramie est néanmoins restée limitée. Tout d’abord en raison de la production de la fibre de la matière première végétale est un processus coûteux nécessitant des savoir-faire manuels spécifiques et, un procédé d’extraction impliquant de nombreuses étapes pour séparer les fibres brutes de leur enrobage résineux. Sa filature et son tissage sont aussi des processus complexes, du fait que les fibres filées sont velues et résistent à la cohésion. La ramie, dès lors, pour sa transformation textile nécessite un savoir-faire singulier et exigeant.

Dans le même temps, l’intérêt contemporain pour la fibre de ramie – parce que perçue comme un textile «noble» en raison du temps et des connaissances nécessaires à sa production – semble être en recrudescence. Sa culture offre une croissance rapide, et elle peut être récoltée jusqu’à six fois par an, à ce titre, la ramie est donc souvent considérée comme un choix «écologique» textile, jugée tout aussi durable que peut l’être le bambou.

Lorsque elle est tissée en mélange avec d’autres fibres naturelles, la ramie ajoute force et brillance à un tissu et ses propres faiblesses sont du même coup atténuées par l’inclusion de ces autres fibres (souvent de coton ou de laine). Le résultat obtenu est un tissu brillant et durable, avec un patrimoine culturel unique et une rareté fondée sur des savoir-faire particuliers. Pas étonnant alors que, en adéquation avec la préoccupation mondiale pour le développement de matériaux «durables», la ramie soit considérée par certains comme un textile noble contemporain.


Auteur : Geoff Mino


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