Particularité textile : le retour à la vie

A l’occasion de la préparation de l’exposition Antinoé, à la vie, à la mode, les équipes du Musée des Tissus de Lyon ont mené une enquête d’une envergure considérable. Ces recherches révèlent de nombreux éléments techniques et stylistiques, liés aux tendances et à la fabrication des textiles et vêtements datant des IVème et Vème siècles, alors en usage au sein de la communauté copte.

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Le catalogue de l’exposition rassemble une large sélection de vêtements et d’accessoires issus de fouilles archéologiques dirigées par Albert Gayet entre 1895 et 1911 sur le site historique d’Antinoé en Égypte. Dans cette ancienne cité romaine construite sur les bords du Nil, la découverte d’environ 2000 tombes a permis de mettre à jour de nombreux objets, vêtements et pièces textiles qui, à l’époque, ont principalement concouru à enrichir les collections parisiennes des musées du Louvre et Guimet, et également celles du Musée des Tissus de Lyon.

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Grâce au dialogue intelligent qui s’établit entre les reliques historiques et les photographies réalisées par Cédric Rouillat d’après les reconstitutions des costumes confectionnés par les ateliers de l’Opéra national de Lyon, l’exposition au Musée des Tissus de Lyon et le catalogue qui l’accompagne ont réuni des pièces qui ramènent à la vie les modes empruntées par les populations coptes de l’époque.

Au-delà du style, ce travail de recherche révèle un secret longtemps demeuré enfoui. Tout l’art et la subtilité de ces vêtements semblent se concentrer dans la finesse et la précision des techniques de tissage, de filet, de tapisserie qui construisent les motifs qui ornent grandes pièces textiles et galons. Cette maîtrise textile exceptionnelle est en contraste total avec la confection, souvent rudimentaire, mise en œuvre pour l’assemblage des panneaux et des décorations.

Les ajustements de tailles ou de longueurs, effectués pour adapter plus précisément les différents vêtements à la morphologie de leurs usagers, sont toujours pratiqués dans le plus grand respect des productions textiles. Le but du jeu des artisans de l’époque semble être de ne jamais effectuer de découpes dans le tissu. Les plis sont cousus, visibles au milieu des vêtements afin de conserver les bordures originales des tissages, rehaussées de franges ou de bordures tressées en contrastes colorés.

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Certaines pièces, comme les jambières sont directement tissées en forme, comme s’il s’agissait de ne pas gaspiller de matière par la découpe. Cette logique de construction est complètement à l’opposé de la logique occidentale qui débute au moyen-âge et qui consiste à découper dans le tissu des formes qui seront ensuite assemblées avec soin pour créer les volumes.

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Avec l’avènement de l’industrialisation, la proximité entre l’amont de la filière (la production textile) et l’aval (la confection) s’est perdue et toute la valeur s’est déplacée vers le produit fini. A force de délocalisation, la culture textile s’est estompée pour laisser place à la culture des marques et des créateurs de mode, mettant plus en avant la créativité des volumes que celle des matières premières.

Pourtant, après un siècle presque uniquement consacré à la mondialisation et à la standardisation des techniques, la mode – en quête de différenciation – s’intéresse à nouveau à la diversité et à la richesse des fabrications textiles. La culture textile copte, que met en lumière le travail des équipes du Musée des Tissus de Lyon, nous rappelle à quel point l’attention portée à la particularité textile peut enrichir la mode.

www.musee-des-tissus.com


Auteur : Pascal Gautrand


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