Musée du design de Barcelone

Les rapprochements mode et design ne sont pas récents au sein des musées, mais le tout nouveau Museu del Disseny de Barcelone entérine la notion de « design de mode ».  Ce musée du design questionne l’objet vestimentaire : objet du quotidien devenu objet de musée. Les collections du Museu Tèxtil i d’Indumentària trouvent ici un nouvel écrin.

L’exposition permanente, « Vêtir le corps. Silhouette et mode », montre comment, de la seconde moitié du 16e siècle à nos jours, le vêtement modifie l’apparence corporelle à travers des actions qui tendent à comprimer ou au contraire à dilater le corps. 173 pièces choisies, parmi les 3000 habits et 8000 accessoires qui constituent le fonds, explorent les contraintes du corps modelé.

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« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : S. Marot J. Lafleuriel.

02_c_Museu_del_disseny_Vêtir-le-corps__2014__photo__sylvie_marot__joran_lafleuriel__DSC_0526_1910–1930« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : S. Marot J. Lafleuriel.

De tout temps, l’homme n’a eu de cesse de modifier la forme et l’apparence de son corps. Au nombre de ses artefacts : la coiffure, la parure, le tatouage, la scarification et surtout le vêtement. La mode impose ses canons de beauté : les volumes et contours varient. La nature cède la place à l’artifice : l’anatomie subit les métamorphoses. Et ces dilatations sont particulièrement déroutantes en matière de mode féminine. L’androgyne allure des années folles succède à la sinueuse silhouette de la fin du 19e siècle. Ainsi l’habit, en façonnant les proportions du corps, modifie la relation entretenue avec son propre corps, mais aussi avec celui des autres, redéfinissant par là même les zones intimes et sociales.

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« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : S. Marot J. Lafleuriel.

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« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : Xavier Padrós.

Le parcours s’ouvre sur la mécanique des dessous féminins : corsets, crinolines, tournures et soutiens-gorge. Originellement destinés à être cachés, ces éléments surfaits sont les premières armes/armatures du volume parfait.

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« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : S. Marot J. Lafleuriel.

Suivent une dizaine de tableaux qui analysent plus de quatre siècles de mode féminine selon une chronologie incarnée. L’originalité de la présentation réside précisément dans ce rapport au corps et à son enveloppe, de peau et de textile, nu et vêtu. Ainsi un buste révèle la forme « anatomique ». Il démasque les artifices cachés, dévoile les dessous, précise le (dé)placement des lignes d’épaule, de taille ou de poitrine.

En parallèle, un mannequin conçu en éclaté illustre le volume corporel vêtu. Amplifiées, diminuées, allongées, profilées ou révélées, les déformations exercées sur les différentes parties du corps sont matérialisées.

Enfin, une silhouette contemporaine, régie par la même règle déformante, échange avec des pièces historiques. S’engage alors un dialogue sur l’amplitude des hanches entre un ensemble signé Marina Pujadas de 2012 et une robe de Charles Frederick Worth de 1865. Robe en denim de José Castro hiver 2008 vs crinoline de Charles Frederick Worth de 1875 fixe le focus sur le fessier.

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« Vêtir le corps. Silhouette et mode. », Museu del Disseny, 2014. Crédit photo : S. Marot J. Lafleuriel.

Autre spécificité, la création du 20e et 21e siècles espagnole est amplement mise à l’honneur. Au côté de l’incontournable Balenciaga, c’est l’occasion de (re)découvrir les couturiers Pedro Rodriguez, Asunción Bastida, Carmen Mir, Santa Eulalia ou Josep Font ; les créateurs phares des années 1960 à 1990 Paco Rabanne, Manuel Pertegaz, Elio Berhanyer, Antonio Meneses, Margarita Nuez, Roser Marcé, Antonio Miró ou Sybilla ; et les designers contemporains tels Josep Abril, Andrea Ayala, Amaya Arzuaga, Manuel Bolaño, Txell Miras, Miriam Ocariz ou Miriam Ponsa.

www.museudeldisseny.cat


Auteur : Sylvie Marot


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