Métamérisme, jeux de lumière

Particulièrement gênant pour les personnes qui manient la couleur au quotidien, peintres, restaurateurs, graphistes, le métamérisme n’en affecte pas moins le monde de la mode. Sous l’action de la lumière, deux étoffes qui semblaient être de la même couleur peuvent soudain diverger.

La palette de couleurs actuelle a effacé le lointain souvenir d’un Moyen Age fade, dominé par les beiges et les bruns. A l’époque, la couleur, plus que l’étoffe, distinguait les plus aisés, jusqu’à l’arrivée de la soie à la fin du Moyen Age. Malgré quelques zones d’ombre, l’histoire de la couleur débute avec les premiers hommes et s’écrit au rythme irrégulier des hasards, des opportunités, des découvertes, des approximations et de l’air du temps.

Des colorants naturels aux colorants artificiels, révélés par la chimie organique, les couleurs ont considérablement gagné en intensité et en diversité. Les premiers composés colorés sont tirés de l’aniline, découverte au 19ème siècle par le chimiste allemand August Wilhelm von Hofmann. C’est son disciple, William Perkin, qui mettra au point le premier colorant à base d’aniline, la mauvéine.

La chimie du charbon, puis celle du pétrole, a ouvert un éventail immense de couleurs qui étaient jusqu’alors inatteignables et qui sont désormais applicables sur une grande variété d’étoffes. Cela a considérablement favorisé le développement de la mode. Il faut passer par l’artifice pour obtenir la représentation des teintes naturelles. Les extraits de plantes ne permettent pas de reproduire la flamboyance florale.

Reste que la couleur n’est rien sans la lumière. C’est elle qui lui donne naissance et qui la fait varier en fonction de son intensité. On a pensé maîtriser la couleur, mais il n’en est rien. Tout le monde a déjà observé le phénomène du métamérisme, sans pouvoir le nommer, ni l’expliquer. Le métamérisme est la faculté d’une couleur à modifier son aspect visuel selon la nature de l’éclairage. Pour un même échantillon, l’œil humain percevra plusieurs couleurs en fonction de la lumière. Cette sensibilité varie d’un individu à l’autre.

Le phénomène du métamérisme est directement lié à la distribution spectrale de la source lumineuse. La couleur n’est autre que le reflet des longueurs d’onde produites par la lumière. Elle dépend des capacités d’absorption et de réflexion de la matière. Deux couleurs métamères ou homochromes convergent ou divergent selon l’éclairage. Elles se distinguent en réalité par leur spectre physique respectif que la vision humaine, restreinte malgré tout, est incapable de différencier.

Ce phénomène survient lorsque les colorants ou les pigments utilisés différent par leur composition spectrale. Face au phénomène, les couleurs ne sont pas égales. Le brun, le mauve, le lilas, le gris et les gris/bleus y sont plus sujets, ainsi que les couleurs très saturées comme le rouge, orange, vert, bleu.

Crédit photo : Dan Brady


Auteur : Léandra Ricou


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