Les moires de Maire & Fils

« Libre », « tracée », « musique », « miroir », « frappée », « française », « égyptienne », « antique », autant de termes pour qualifier les moires et leurs belles ondulations.

Le moirage est un procédé artisanal qui consiste à dévier et écraser le grain d’un tissu selon le motif attendu. La surface ainsi modifiée impacte sur la diffusion de la lumière. Ainsi selon l’angle sous lequel on la regarde, l’étoffe moirée prend vie. Sa vibration, ses ondes contrastées, ses reflets changeants, ses motifs chatoyants sont uniques.

01_Maire et Fils__moire__c_Sylvie_MarotEchantillons Maire & Fils

Depuis 1873, la famille Maire & Fils exerce son métier de moireur. Situé dans le 6ème arrondissement de Lyon (proche du Parc de la Tête d’or), il s’agit sans nul doute du dernier atelier à exercer cet ennoblissement. La pratique trouve ses racines dans l’Antiquité pour gagner ses lettres de noblesse grâce à la soierie lyonnaise. L’entreprise, à travers ses cinq générations, a su transmettre les gestes pour produire la moire antique (à grandes ondes), la moire libre et la moire française (tracée grâce à des règles dentées en bois).

Les manières d’opérer et les outils mis en œuvre diffèrent et ont évolué avec le temps. Ainsi certaines techniques se sont perdues et d’autres ont mué. Quant à la prestigieuse soie, elle a laissé place à toutes les autres matières qu’elles soient naturelles ou artificielles (jusqu’au non feu). Tous les tissages, à l’exception du satin et du serge, autorisent le moirage. On comprend aisément l’infinie possibilité des combinaisons.

06_Maire et Fils__moire__regle a dents__c_Sylvie_MarotRègles à dents Maire & Fils

Parmi les plus belles moires, la moire « musique » fait désormais partie du passé. Sa production s’est éteinte à l’aube des années 1950. Ces effets sont obtenus par tissage (et non par écrasement) via des cylindres à motifs et des peignes à dents mobiles. Mais faute de fabricant de peignes, ces moires splendides sont tout simplement irreproductibles. Des registres conservent les précieux échantillons en mémoire.

Chez Maire & fils, la technique du moirage relève du « secret de fabrication maison », transmis de « père en fils », et nécessite un long apprentissage. Un métier d’« homme », peut-être, un métier physique, assurément. L’activité, essentiellement manuelle, laisse peu de place à la mécanisation. Une paire d’hommes par métier est nécessaire. L’œil et la main sont liés. Ainsi si l’œil ne trouve pas satisfaction, il faudra recommencer, valider l’échantillon et produire. Et les étapes se succèdent inlassablement : dressage, traçage, moirage, visite et conditionnement. Environ deux heures seront nécessaires pour produire 100 m.

02_Maire et Fils__moire__c_Sylvie_MarotEchantillons Maire & Fils

Originellement, l’étape à proprement parler du moirage (pressage) était réalisée à froid avec une masse en pierre pesant 35 tonnes. Jusqu’à ce que l’imposante pierre ne se brise et qu’elle ne soit remplacée en 1901 par des calandres à cylindres reproduisant la même pression, agrémentées de chaleur.

Le travail à façon oblige une certaine discrétion. Le rayonnement en France et à l’international de cet « art de faire » ne se lit que par sa production à destination de la haute couture, l’ameublement de luxe et la restauration. Les limites de la moire reposent uniquement sur celles des envies des commanditaires. Qu’il s’agisse de reproduire à l’identique ou produire de nouveaux motifs, il est toujours question d’exception. A n’en pas douter, dans cette de maîtrise de l’unicité, c’est bien de recherche et développement dont il s’agit. Transmettre le passé et répondre aux besoins de son temps.

Comment ne pas sensibiliser à la fragile pérennité de cette petite entreprise ? Pour lutter contre l’extinction, reste la folie de l’imagination !

www.moire-maire.com

Photo en Une : Moire dite « musique » Maire & Fils, cylindre et peigne à dents mobiles

Crédits photos : Sylvie Marot


Auteur : Sylvie Marot


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