Les broderies d'or de Séville

Qu’il soit utilisé à Séville, en Andalousie ou dans toute l’Espagne, le terme de « broderie d’or » fait référence à une technique qui diffère considérablement de la broderie classique. En effet, dans le cas des « broderies d’or », le fil d’or (ou d’argent) ne traverse pas l’étoffe, on dit qu’il est « tendu » ou « posé » pour venir couvrir le dessin, le motif. Véritable broderie en relief, elle s’inscrit dans une forme d’artisanat traditionnel assez méconnu et que peu d’artisans pratiquent encore aujourd’hui.

De couleur jaune pour l’or ou blanche pour l’argent, les fils utilisés sont généralement de soie et doivent être résistants pour être solidement fixés à l’aide d’une aiguille. Cette technique favorise tout particulièrement la création de reliefs et de volumes, et offre une grande diversité en matière de points et d’alliance de matériaux, grâce à la combinaison de fils plus ou moins mats ou brillants.

Sevilian Embroideries

La pratique de cette technique nécessite une certaine force physique car le tissu doit être extrêmement tendu sur le métier à broder, qui est généralement de forme carrée. Une phase préparatoire est obligatoire, au cours de laquelle le motif à broder est reproduit sur une étoffe similaire au feutre à l’aide d’une poudre à poncer. Cette pièce qui compose l’ébauche du volume sera ensuite cousue sur le tissu du métier et le travail de broderie pourra démarrer.

Sevilian Embroideries

A l’origine, les broderies d’or, d’argent et de soie sont des techniques ancestralement réputées à Séville. Des doutes subsistent sur leur véritable origine, que beaucoup attribuent aux peuples arabes en raison de l’immense héritage culturel que ces derniers ont légué à l’Andalousie. Une chose est sûre : à l’époque d’Al-Andalus, le territoire de l’Andalousie actuelle sous domination musulmane, ces techniques artisanales existaient déjà et leurs usages ne se cantonnaient pas aux étoffes religieuses.

Nuestra Señora de la Esperanza Virgin -Triana, Sevilla
Vierge Nuestra Señora de la Esperanza -Triana, Sevilla

En 1433, les brodeurs sévillans décidèrent de s’organiser en corporation. Plusieurs inspecteurs examinaient les aspirants à ce métier d’art et inspectaient leurs travaux. Moins d’un siècle plus tard, en 1516, un examen obligatoire fut créé pour quiconque souhaitait se lancer dans la création d’un atelier de broderie. En 1533, afin de protéger la production locale, les maîtres brodeurs furent interdits de commander des broderies provenant d’ateliers extérieurs, ainsi que de vendre des tissus brodés à des acheteurs non-certifiés.

L’organisation en corporation des maîtres brodeurs fut à l’origine du développement de nombreuses autres entreprises appartenant à la filière textile de la région : producteurs de soie, teinturiers, tisseurs de lin et de soie, filateurs d’or… Chacun d’entre eux travaillait à la confection de vêtements essentiellement liturgiques. Au cours du XVIe siècle, les bases de laine et de soie – les deux étoffes le plus souvent utilisées dans des tons foncés – sont progressivement remplacées par le velours et une grande variété de couleurs fait son apparition au milieu du XIXe siècle.

Si cette forme d’artisanat correspondait à la production de vêtements portés en grande partie à l’occasion de cérémonies religieuses exubérantes telles que la Semaine Sainte, elle n’était pas pour autant l’apanage exclusif des hautes sphères ecclésiastiques de la ville. Les maîtres brodeurs travaillaient sur demande dans leur atelier pour la réalisation de commandes spéciales dont quelques pièces ont d’ailleurs été conservées jusqu’à nos jours.


Auteur : Jorge Maya


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