Le shinafu, l’art du tilleul tissé

Les tilleuls ont des feuilles en forme de cœur, et de son écorce chérie, on tisse des étoffes. Percevoir en l’arbre dur une matière souple… C’est la promesse du shinafu.

Le shinafu est l’un des 219 métiers d’art officiellement reconnus par le gouvernement japonais. Il est séculairement produit dans les préfectures de Niigata et de Yamagata, au nord de Honshû, l’île principale du Japon.

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Au Japon, les plantes textiles et fibres libériennes, fibres filables extraites de l’écorce des arbres, tels le mûrier, l’orme, la glycine, le kudzu, la ramie, le chanvre, ont servi à la confection d’objets courants, depuis la période Jômon (dès 15 000 av. J.-C). Le shinafu, littéralement « tissu de tilleul », figure parmi les plus anciennes. En France, la fibre extraite du tilleul est nommée teille ; cordes, nattes et autres tissus grossiers y sont confectionnés.

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Durant la période Meiji (1868-1912), l’évolution de la technologie de filature a fait du coton une étoffe commune au détriment des textiles traditionnels. De nombreuses régions cessent de les produire. Pourtant, le shinafu fait montre de résistance. Il est utilisé pour des vêtements dédiés aux travaux agricoles, des filets de pêche, des moustiquaires, des draps et des sacs de stockage.

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Mais le développement de l’économie nippone et la modernisation des modes de vie sont tels que la baisse de la demande rend critique l’avenir de ce savoir-faire. Et alors que le shinafu peine à maintenir sa production recentrée sur un usage personnel, il faut attendre les années 1970-1980, pour assister au regain véritable de cet artisanat. Le soutien politique porte ses fruits. En effet, la loi Densan est ordonnée en 1974 avec pour double objectif la conservation et la promotion des métiers traditionnels japonais. Le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) liste ses savoir-faire locaux selon des critères exigeants.

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La matière première provient principalement du shinanoki, tilleul japonais, et du ôbabodaiju, autre espèce autochtone. Ces arbres poussent naturellement dans les zones montagneuses longeant la côte de la mer du Japon. Encore aujourd’hui, le traitement de la fibre d’écorce ne peut être mécanisé. Le fil est donc obtenu à la main suivant différentes étapes. Le processus démarre en juin par la récolte de la fibre et se termine en mars de l’année suivante par le tissage. Ces fils sont tissés sur des métiers à mains ou à pédales. Le site officiel du shinafu (exclusivement en japonais) schématise clairement le procédé.

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De ces étoffes résistantes, à la texture sèche voire rêche, on crée des objets du quotidien : obi, sandales, sacs, chapeaux, etc. Sa couleur, naturellement beige, est volontiers conservée. D’objets rustiques, les produits shinafu sont devenus des accessoires raffinés.

La préfecture de Niigata a réalisé de très belles vidéos valorisant les 16 métiers d’art de son territoire. J’invite le lecteur à visionner celle dédiée au shinafu montrant la maître d’art Hako Ôtaki (90 secondes).

shinafu.jp


Auteur : Sylvie Marot


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