Le renouveau des savoir-faire traditionnels

Chaque année, le salon Maison d’Exceptions réunit à Paris une sélection de savoir-faire textiles rares venus du monde entier. Lors de l’édition qui s’est tenue en février 2014, plusieurs exposants ont dépeint les particularités de fabrication de leur atelier selon un tryptique traitant des thèmes de l’artisanat, de l’industrie et de l’innovation.

az_design_dentelle_polymere

L’atelier A+Z Design a choisi par exemple de détourner l’usage traditionnel de ses machines, qui est à l’origine de fabriquer des produits industriels, c’est à dire en série, pour créer de nouvelles matières telles que la dentelle polymère. Ainsi, cet atelier belge « hybride tout un alphabet de procédés inventifs qui associent peintures manuelles, transferts ou découpes laser afin d’offrir un service de production sur-mesure aux designers de mode ou d’intérieur ».

Mymantra

L’entreprise italienne Ligneah a, quant à elle, breveté un nouveau matériau dérivé du cuir que l’on connaît habituellement en maroquinerie ; il s’apparente à du bois articulé et peut être utilisé pour fabriquer des sacs comme des chaussures. Pour lui donner vie, « l’étonnant traitement […] consiste à coller de minces feuilles de bois micro-gravées au laser sur une base textile à l’aide d’un adhésif respectueux de l’environnement ».

A travers ces deux exemples, on constate l’émergence d’une forme d’hybridation entre techniques relevant de l’artisanat traditionnel, étapes de production imprégnées de la logique industrielle et innovations de procédé issues à la fois d’industries de pointe – l’industrie chimique en particulier – ou d’industries plus classiques comme celle du bois.

Pour les marques haut de gamme qui font du fait-main leur cheval de bataille, l’enjeu majeur que révèle cette tendance est de ne pas limiter leur domaine de compétences aux savoir-faire traditionnels et d’ouvrir leur champ de création et de production aux techniques plus innovantes, plus expérimentales.

Preparation for yarn, courtesy of Tamiya Raden

Certaines techniques ou savoir-faire nécessitent naturellement une ressource en créativité à la hauteur de leur complexité pour pouvoir évoluer et trouver leur place dans le monde moderne. Ainsi, seuls les ateliers spécialisés dotés des meilleurs artisans sont réellement capables de les sublimer, à l’image de l’atelier japonais Tamiya Raden. Ce dernier combine depuis plusieurs décennies trois techniques traditionnelles séparées – le papier washi, la marqueterie et le tissage – pour fabriquer d’incroyables motifs et tissus en nacre.


Auteur : Jean-Philippe Trapp


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