Le peuple Aïnou, aux origines du Japon

Les Aïnous occupent l’archipel japonais depuis 1300 avant Jésus Christ. A partir de l’ère Meiji (1868-1911), ils ont été victimes d’une forte marginalisation par l’ethnie dominante du Japon, les Yamato, et se sont retrouvés progressivement isolés sur l’île la plus au nord du pays, à Hokkaido. Ces premiers habitants du Japon vivaient principalement de la chasse et de la pêche, selon des traditions régies par un culte animiste.

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American Museum of Natural History, New York, Etats-Unis

Ce groupe ethnique a développé un artisanat d’une grande beauté, au style reconnaissable entre tous, privilégiant le travail du bois sculpté, des peaux et du textile. Les femmes étaient chargées de confectionner les vêtements de toute leur communauté, excellant en particulier sur l’habit traditionnel du chef du village. Les costumes des Aïnous attestent de la complexité de techniques associant un travail fascinant de tissage et de broderie. La forme de ces amples vestes rappellent le kimono par leur simplicité.

La base des habits traditionnels était originellement composée d’une étoffe végétale appelée « attush », une toile tissée sur un métier à ceinture à partir de fibres issues de l’écorce d’orme, l’arbre sacré pour les Aïnous. La collecte de cette écorce était une tâche fastidieuse strictement réservée aux hommes. Les longues lanières végétales étaient trempées dans l’eau pendant une dizaine de jours pour les assouplir. Les bandes étaient ensuite coupées en filaments utilisés pour le processus de tissage. Chaque pièce confectionnée en attush était ensuite ennoblie d’applications de coton indigo réparties symétriquement, puis rebrodée de points décoratifs selon des motifs sinueux et circulaires.

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American Museum of Natural History, New York, Etats-Unis

Ces décors appliqués avaient des propriétés symboliques et protectrices, comme des talismans, des barrières sacrées contre l’invisible. Les entrelacements complexes étaient placés sur les ouvertures du vêtement : sur les manches, autour du col et en bas de la pièce à la lisière de l’ourlet, pour empêcher les esprits de pénétrer dans le corps et de posséder son porteur. Ces arabesques primitives déployées en miroir apparaissent comme un labyrinthe fascinant, au pouvoir presque hypnotique. L’attush a ensuite été progressivement remplacé par des étoffes de coton importées de l’île principale de Honshu.

Si leur population a fortement diminué tout au long du 20e siècle, les Aïnous vivent encore au Japon. Femmes et hommes continuent de revêtir leurs costumes traditionnels à l’occasion de rituels religieux et de cérémonies comme les mariages et les funérailles, pour témoigner de la richesse de leur patrimoine culturel trop longtemps méconnu et déconsidéré.

Photo en Une : Aïnous vêtus de leurs vêtements traditionnels, village-musée aÏnou, Shiraoi, Hokkaido, Japon


Auteur : Magali An Berthon


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