Le Kyoto Costume Institute

La réputation internationale du Kyoto Costume Institute n’est plus à faire ! Comme son nom le laisse deviner, l’une des originalités de ce fonds de mode réside dans le fait qu’il s’agit non pas d’un musée mais d’une institution. Ne disposant pas d’un réel espace d’exposition à demeure, ses collections sont données à voir lors d’expositions organisées dans les musées du monde entier !

06_(c) KCI_Junya Watanabe_fw2000_inv.AC10362_photo by Takashi Hatakeyama

En 1975, le musée national d’Art moderne de Kyoto (MOMAK) accueille « Inventive Clothes 1909-1939 » organisée par Diana Vreeland du Metropolitan Museum of Art de New York. Parmi les nombreux visiteurs, se trouve Koichi Tsukamoto, président de Wacoal (l’un des plus grands fabricants de lingerie) alors vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Tokyo. Cette exposition lui fait si forte impression qu’il forge l’ambitieux projet de créer une institution japonaise vouée à la collecte, l’étude et l’exposition de pièces exemplaires en matière de mode occidentale. Trois ans plus tard, le KCI est fondé, encadré par une charte gouvernementale aux affaires culturelles. En 1980, son exposition inaugurale « Evolution of Fashion 1835-1895 » se tient… au MOMAK.

05_(c) KCI_Hiroaki Ohya for OhYa_ss2000_ photo by Masayuki Hayashi

Si la forme des vêtements a évolué au fil du temps, la morphologie a changé davantage. Et pour parfaire cette mise en valeur tant esthétique qu’historique, le KCI a créé ses propres mannequins ! En effet, la présentation d’un vêtement n’obéit pas aux mêmes règles que l’accrochage d’un tableau. Cet objet tridimensionnel exige un support, lui aussi en volume ; le mannequin devient un accessoire muséal non superflu. Ainsi, quatre typologies de mannequins sont conçues. Leurs articulations anatomiques offrent des poses variées, naturelles et réalistes.

03_(c) KCI_Fan_Netherlands_1760s_inv.AC5778_photo by Toru Kogure

02_(c) KCI_Fan_Japan_late19th_inv.AC2802_photo by Taishi Hirokawa

Du XVIème siècle (et son corset en fer !) aux tenues les plus contemporaines, ce sont quelques 12 000 pièces vestimentaires et accessoires et plus de 20 000 documents qui composent ce fonds d’exception. Volontairement tourné vers la mode occidentale, qui représente les trois-quart de la collection, le KCI préserve les racines communes aux vêtements japonais modernes. Et si on n’y dénombre qu’une trentaine de kimonos, il n’en demeure pas moins le plus grand fonds consacré à la mode japonaise (la maison Comme des Garçons a confié 1 000 pièces).

01_(c) KCI_Koji Tatsuno_1993_inv.AC12207_photo by Taishi Hirokawa

Rappelons deux moments conséquents à la fin des XIX et XXème siècle. A partir de 1868, l’ouverture du Japon à l’Occident entraîne une redécouverte de ce pays qui lance la mode du japonisme tout en laissant s’introduire cette mode occidentale au sein de son archipel. Dans les années 1980, des créateurs tels Issey Miyake, Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo défient les podiums parisiens, ils dérangent l’ordre esthétique et engagent l’Occident vers un nouveau rapport au vêtement et au corps.

Akiko Fukaï, impulsatrice du KCI depuis 35 ans, souligne ces échanges culturels, influences mutuelles et singularités propres. Son regard sur une robe de Madeleine Vionnet, formée de pièces rectangulaires tel un kimono, nous donne à observer autrement. « Japonisme et Mode » inaugurée au musée Galliéra à Paris en 1996 ou encore la toute dernière exposition « Future Beauty, The tradition of the reinvention » qui ouvre au MOMAK en mars 2014 sont des démonstrations de ces liaisons.

La revue semestrielle « Dresstudy » et les catalogues d’exposition du KCI rendent compte de la mode, en tant qu’objet d’étude, art appliqué et miroir sociétal. Enfin, un échantillon de ce patrimoine est à découvrir sur la base de données en ligne. Et pour consulter l’intégralité de la base, il est aussi possible de prendre rendez-vous sur place !

www.kci.or.jp
La revue Dresstudy

© The Kyoto Costume Institute


Auteur : Sylvie Marot


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