Le châle de Manille, carré magique

Ses mouvements nous captivent. Le châle de Manille ou mantón de Manila, c’est cette pièce qui se balance au rythme des gestes subtils de la danseuse de flamenco. Si le carré de soie bordé de franges a désormais intégré le paysage folklorique andalou, son origine dépasse largement les frontières espagnoles. Son histoire s’éclaire en remontant d’anciennes routes commerciales qui mènent jusqu’en Chine.

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Technique du châle de Manille

Ce sont les Persans qui auraient introduit le châle en terre asiatique. En Chine, les châles étaient traditionnellement tissés à partir de fils de soie très fins, puis brodés à la main de motifs tirés de la nature et de la culture asiatiques : fleurs, bambous, oiseaux, dragons, pagodes. La prédominance de certains points de broderie (ras, plat, lancé) suggère que les premiers châles aient été confectionnés dans la ville de Canton.

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Technique du châle de Manille, Jorge Maya

Les châles de Manille tiennent leur nom de la ville de Manille, capitale des Philippines, fondée en 1571 par l’empire espagnol, par laquelle ils transitaient, avant d’embarquer pour la Nouvelle-Espagne (Mexique actuel). De là, ils étaient redistribués en Europe. Au fil des siècles, le port de Manille s’affirmera comme le principal port commercial pour les marchandises de luxe.

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Technique du châle de Manille, dessin, broderie et franges, Robledo Campos Portela, Séville

Le châle s’est progressivement introduit dans le vestiaire féminin quotidien, notamment à Séville, sans regard pour la classe sociale. Bambous, dragons, pagodes se sont effacés au profit de motifs plus occidentaux. Les fleurs l’ont emporté avec chacune leur signification. A l’origine de forme rectangulaire, les châles s’égalisent en carré vers 1820. Les motifs encore simples sont servis par de petits points. Vers 1850, sous l’influence de la mode, les couleurs deviennent plus vives, les fils utilisés plus gros et les points plus grands. Les franges, vraisemblablement ajoutées en Espagne, sont nouées sur le modèle du macramé.

En dehors de la scène, le châle de Manille continue d’être porté lors des cérémonies importantes et d’orner les balcons qui jalonnent les parcours des processions religieuses ou de quelques fêtes.

Remerciements à Jorge Maya pour sa participation à l’écriture de cet article.

Image en Une : Technique du châle de Manille, dessin et broderie, Satu Rivera, Carrión de los Céspedes, Séville, franges, Sonia González, Séville


Auteur : Léandra Ricou


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