L’ascension des cosmétotextiles

L’ascension des cosmétotextiles, une des catégories des textiles actifs, nous rappelle que les nouvelles technologies sont rarement nouvelles. Elle débuta dans les années 1990, liée essentiellement à la microencapsulation. Le premier brevet a été déposé en 1953 par la National Cash Register Company aujourd’hui NRC Corporation, une société américaine pionnière dans les systèmes de paiement pour la distribution. Ils commercialisèrent le papier carbone, un outil précieux pour les comptables. Le principe technique intéressa d’autres filières et une multitude de brevets suivit dans les domaines médical, agroalimentaire, chimique, électronique, cosmétique, détergent, etc.

Les débuts dans le textile, Hermès en 1995, puis Dim en 1998, ne furent pas couronnés de succès et laissèrent les professionnels du secteur sceptiques. La poignée d’industriels qui s’était engagée dans cette voie, comprit l’urgence de développer conjointement trois points : améliorer les performances des microcapsules, trouver des applications porteuses de sens et construire en parallèle une normalisation pour asseoir la terminologie cosmétotextile. Et les résultats sont là : depuis 2008, le marché est en pleine ascension.

RBC01La microencaspulation est l’ensemble des techniques qui permettent de contenir une substance dans une enveloppe protectrice. Ce contenant, de forme ronde, est appelé microcapsule. Elle mesure entre 1 micron et 1 mm. Les substances qui peuvent être contenues sont des charges comme des huiles essentielles, des principes actifs (molécules ayant des propriétés thérapeutiques), des cristaux liquides etc. Elles sont soit liquides soit emprisonnées dans une résine. La pellicule qui les protège se brise sous une action mécanique. Elles peuvent être totalement hermétiques ou plus ou moins poreuses pour une diffusion contrôlée. Crédit photo : RBC.

Yann Balguerie de la société RBC raconte : « Nos heures d’ennoblisseur étaient comptées depuis l’ouverture des quotas européens (2005-2008) et la microencapsulation était une opportunité à saisir. Mais les molécules existantes n’étaient pas adaptées à notre filière. Nous avons fait le pari d’investir dans un laboratoire en 2009 pour créer nos propres formulations. Nous avons aussi activement participé à la rédaction de la norme AFNOR FD CEN/TR 15917 éditée en 2010. »

Maurice Tahar, responsable de la R&D chez Well, précise : « Il y a dix ans, nous regardions des acteurs qui balbutiaient. Maintenant en tant que professionnel dans le chaussant et ancien de la cosmétique, je n’ai aucun doute sur la qualité des fournisseurs de microcapsules. Mais nous devons construire une offre marketing adéquate pour un marché exigent en résultats et qui nécessite un fort accompagnement dans la vente produit. »

Et c’est bien le souci ! Leur action ne pouvant être constatée immédiatement, il faut convaincre la consommatrice à travers des tests, notices, photos suggestives et une transparence sur les conditions nécessaires pour obtenir des résultats.

Un premier pas a été franchi à l’arrivée des cosmétiques avec L’Oréal. Le langage auparavant technique se rapproche du public. Mais c’est surtout une nouvelle génération de textiles qui permet à cette catégorie de s’installer. En alliant fibres bio-céramiques, tricotage 3D et microcapsules, l’action se révèle durable. Le principal défaut de précarité des microcapsules s’est transformé par magie en un formidable booster. D’une part, il permet une flexibilité qui ouvre des opportunités commerciales ; de récents essais entre RBC et la chaîne Ibis doivent déboucher en 2015 sur une gamme de produits professionnels pour spas et hôtellerie. D’autre part, il entraine la consommatrice dans le processus d’utilisation, ce qui démultiplie les chances de réussite. C’est donc un tournant commercial décisif. La société Skin’up est convaincue par ce créneau. Avec le développement de deux étiquettes à lecture visuelle – par décoloration ou luminescence – la cliente suit l’efficacité de son produit. Elle peut alors choisir sciemment une recharge avec de nouvelles propriétés selon ses besoins.

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Skin’up propose des étiquettes qui indiquent le taux de microcapsules que contient le produit, permettant ainsi à l’utilisatrice d’être impliquée dans son utilisation et d’asseoir sa notoriété sur la transparence technologique. Crédit photo : Skin’up.

Même si l’amincissement reste un eldorado, des fonctionnalités plus performantes sont développées à chaque collection. Du bien-être confort, l’offre évolue vers le bien-être coaching sportif, voire para-médical, avec la réhydratation cutanée ou la récupération musculaire après l’effort. La marque Quiksilver, prêt-à-porter outdoor, propose depuis 2015 une collection spécifique dans ce sens « Enjoy & Care ».

En 2013, l’ouverture de la catégorie « Functional Apparel Textile », avec la sous-section « wearable skincare, cosmetotextiles » sur Techtextil, prouve aux plus frileux que les cosmétotextiles ont su intégrer les différentes cultures de filière et s’adapter aux complexes contraintes. Fort de solides bases techniques et d’une réflexion transversale de qualité, ils ne cessent aujourd’hui de nous surprendre avec des positionnements innovants.

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La collection « Enjoy&Care » de Quiksilver, en collaboration avec Roxy et Biotherm, propose des combinaisons et accessoires pour le ski qui contiennent des microcapsules pour protéger la peau malmenée.


Auteur : Florence Bost


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