La vibration déployée : le leheria du Rajasthan

Dans son journal de voyage, Mark Twain décrivait l’Inde comme “le pays des rêves et de la romance… de la splendeur et des chiffons…”, il ne fait aucun doute qu’en plein milieu de la cacophonie visuelle d’épices colorées, de sculptures et de tissus, les pièces en leheria avaient frappé l’œil de l’écrivain parmi les nombreux trésors. Technique aux motifs très reconnaissables et aux effets de teinture traditionnelle étonnamment vifs, le leheria apparaît comme une pratique à la fois simple et facilement identifiable dont les variations sont aussi nombreuses et variées que la terre d’où elle est originaire.

Le leheria est un savoir-faire du Rajasthan, le plus grand État de l’Inde, à la frontière du Pakistan, longeant la vallée du fleuve du Nord-Ouest, le Sutlej, près du bassin de l’Indus. Cette « terre des rois » a été le carrefour des échanges commerciaux, des entreprises de conquête et de la culture durant plusieurs milliers d’années. Cette région peut ainsi se targuer d’un cosmopolitisme unique et d’un riche patrimoine artistique et artisanal. C’est de cet environnement qu’est né le leheria qui tire son nom d’un mot du Rajasthan signifiant “vague”, en référence à ses motifs zébrés de rayures en zig-zag qui rappellent le rivage de l’océan.

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Le leheria est un procedé qui emploie de fines étoffes de coton et de soie roulées puis nouées à des intervalles réguliers, avant d’être traitées par une série de bains de teinture et de rinçages. Traditionnellement, les pigments naturels et en particulier les préparations à base d’indigo étaient privilégiés, les teintures et les lavages répétés permettant notamment de créer de subtiles nuances de bleu imitant la mer. Ces motifs sont restés populaires, mais les artisans contemporains ont profité aussi de la variété de teintes disponibles aujourd’hui pour proposer de nouvelles créations.

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De même, les motifs partant dans une seule direction constituent la base du leheria, mais les artisans ont également souhaité développer leurs techniques de nouage et de teinture afin de créer un répertoire de graphismes innovants et uniques.

Une des variations habituelles est par exemple le “mothara” réalisé en deux étapes : les nœuds qui empêchent la teinture sont retirés après le premier lavage, le tissu est ensuite enroulé sur l’autre diagonale puis ligaturé à nouveau pour subir un second bain de teinture. Le produit finalisé est un tissu à carreaux tacheté de petites zones non teintes, réparties symétriquement sur sa surface.

Ces étoffes avec leurs bandes de couleur ondulantes et vibrantes sont devenues les textiles emblématiques de la région. Depuis plusieurs siècles, les turbans fabriqués à partir de leheria agrémentent tous les costumes d’affaire des hommes du Rajasthan. On peut maintenant voir le leheria utilisé dans la création d’écharpes, de saris et d’autres vêtements offrant une touche de couleur rafraîchissante, légère et surprenante, signature unique de ces artisans qui ont su conserver cette tradition.


Auteur : Geoff Mino


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