La soie d'araignée : une nouvelle route pour la soie

La soie, naturellement dotée d’excellentes propriétés mécaniques et calorifiques, est le seul fil continu existant dans la nature. Longtemps convoitée pour sa noblesse et pour ses nombreuses qualités, légère et naturellement brillante, elle se file et se teint facilement. Bourettes, shantung, doupions, tussah, taffetas, soie grège : ses aspects variés se déclinent selon les usages. Autrefois uniquement employée pour la confection d’étoffes précieuses, chamarrées et flamboyantes, indémodable et performante, pure ou en mélange, elle entre aujourd’hui en jeu jusque dans la composition de sous-vêtements de sport techniques.

Bien que la principale production de soie naturelle provient du ver du papillon Bombyx Mori qui, pour tisser son cocon avant transformation, produit un fil continu de soie, il n’en a pour autant pas l’apanage. Il existe en effet plus de 400 espèces de papillons séricigènes (qui produisent de la soie) dont 80 sont utilisées pour produire de la soie “sauvage”.

Mais, plus étonnamment, le fil de soie peut aussi provenir d’autres espèces animales. Pour exemples, la soie issue du byssus du jambonneau – coquillage marin de la Méditerranée – était autrefois utilisée pour la confection d’étoffes religieuses et d’apparat en Italie ou plus récemment, celle de la néphile, araignée de Madagascar, aujourd’hui convoitée pour sa haute résistance et sa couleur jaune d’or.

Depuis le XIXe siècle, la soie d’araignée est recherchée pour ses qualités exceptionnelles de légèreté, de résistance et d’élasticité. Plus résistante que l’acier et plus extensible que le nylon, elle possède à la fois une grande stabilité et une bonne mémoire de forme. Dès le XVIIe siècle, c’est le français François Xavier Bon de Saint Hilaire qui, le premier, tisse une étoffe à partir de la soie d’araignée. Pourtant, au début du XXe siècle, son coût de production élevé met un terme à son exploitation.

En octobre 2011, une spectaculaire pièce textile jaune d’or fut présentée à l’Art Institute de Chicago pour célébrer l’ouverture de la nouvelle galerie d’art africain, avant d’être exposée au Victoria and Albert Museum de Londres en janvier 2012. Simon Peers et Nicholas Godley, tous deux installés à Madagascar, se sont inspirés d’illustrations du XIXe siècle pour concevoir et réaliser ce tissage manuel qui a nécessité de recueillir la soie de plus d’un million d’araignées orbe d’or.

L’aventure de cette pièce tissée à la main a duré quatre ans : chaque matin, les araignées étaient collectées dans la nature et des ouvriers spécialisés en extrayaient la soie. Depuis, la société malgache Madasilk, qui propose toute une gamme de fils de soie artisanaux pour le tricot, la broderie et le tissage, s’est récemment lancée dans la production et la distribution de la soie d’araignée.

Sujet de recherche avancée pour l’armée et les technologies de pointe, la soie d’araignée mobilise depuis presque un siècle de nombreux efforts de développement. Non toxique et bio dégradable, sa production nécessite peu d’énergie, mais le caractère cannibale de l’araignée rend impossible son élevage et sa production commerciale. L’enjeu principal est donc de réussir sa reproduction synthétique en quantités industrielles afin de s’approprier ses qualités exceptionnelles de finesse, de force et de résistance à l’abrasion – supérieures à celles du Kevlar – pour tenter de les appliquer à la conception de textiles techniques.

Ces dernières années, notamment grâce aux progrès réalisés dans le domaine de la génétique, des approches innovantes ont pu être développées pour tenter de reproduire la soie d’araignée. Le premier résultat est une soie hybride produite par un vers à soie transgénique. Proche de la caseine issue du lait, la soie est une fibre protéique. D’autres recherches ont ainsi mené à l’hybridation de cellules d’araignées avec celles d’une chèvre. Cette dernière, génétiquement modifiée, était capable de produire un lait utilisé pour la fabrication d’un fil aux qualités voisines de la soie d’araignée.

Plus récemment enfin, la découverte d’une bactérie capable de reproduire des protéines de soie d’araignée ouvre de nouvelles pistes, et des spécialistes prévoient même que dans un avenir proche, des plantes génétiquement modifiées grâce à cette bactérie pourront produire une soie comparable à celle de la soie d’araignée, qui sera récoltée de la même manière que le coton. Toutes les routes mènent à la soie.


Auteur : Sabine Vanaverbeck


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