La broderie Parsi

Occupant une place de choix dans la tradition textile indienne, la broderie Parsi doit sa spécificité à ses multiples sources et inspirations. Le peuple Parsi lui-même, exilé d’Iran vers les rives occidentales de l’Inde au 8ème siècle pour échapper aux persécutions et pratiquer librement sa religion – le parsisme, confession dérivée du zoroastrisme – est imprégné d’influences géographiques, ethniques et culturelles diverses.

Vers le milieu du 19ème siècle, les Parsis initient des relations commerciales avec la Chine : ils se rendent à Canton pour vendre du coton, et établissent alors des échanges avec les pherias, les artisans chinois, qui à leur tour leur vendent des pièces aux broderies sophistiquées destinées à orner les bords des saris portés par les femmes des hautes sphères de la société indienne. Au passage, quelques femmes Parsis apprennent la technique, qui se développe alors localement pour satisfaire les désirs d’une frange plus large de la population.

Loin de se contenter d’appliquer à la lettre ce savoir-faire venu de Chine qui leur a été transmis, les femmes Parsis se l’approprient, le combinant avec des éléments de leur propre culture, des influences techniques et esthétiques venues tantôt de l’Est, tantôt de l’Ouest, composant ainsi une partition nouvelle et multiculturelle. Les motifs, hautement symboliques, illustrent cette variété : Phoenix, pagodes, chrysanthèmes et pivoines témoignent des origines venues de l’Empire Céleste ; chakla chakli (oiseaux juxtaposés), lis, jasmin et cyprès – symboles de vie et d’éternité – renvoient à la Perse, tandis que paons et lotus rattachent la broderie à son Sous-Continent d’adoption. Le métissage imprègne également la technique, savant mélange de point passé plat (le plus courant), de point de nœud, et du fameux « point interdit » (khakha), dont la complexité est telle qu’elle rendrait ses adeptes aveugles…

parsi-embroidery-detail ©Unesco

Avec la baisse de la population Parsi, l’extinction progressive des traditions culturelles, et surtout l’intensification de la concurrence générée par la broderie industrielle, la broderie Parsi se voit menacée de disparition. La Parzor Foundation travaille depuis 1999 avec l’Unesco sur l’organisation d’ateliers destinés à transmettre le savoir-faire et à le rendre viable par une actualisation des couleurs et matières utilisées, et par une modernisation de ses techniques de commercialisation. Avec un objectif : préserver et maintenir en vie cette technique ancestrale, parfaite allégorie de la richesse culturelle des Parsis.


Auteur : Angèle Hernu


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