Kurume gasuri, le légendaire ikat japonais

Kasuri (絣) est le terme japonais pour ce qui est plus communément nommé ikat. L’ikat (de l’indonésien signifiant « attacher, nouer ») désigne le procédé et le tissu qui en résulte. Sa spécificité est celle d’un décor obtenu par réserve des fils avant tissage. Contrairement au shibori dont le motif est créé par une teinture à réserve du tissu.

Née en Inde, la culture de l’ikat est visible à divers endroits du monde. Le chiné à la branche européen, si prisé par Marie-Antoinette, en est un dérivé. Parmi la dizaine de kasuris produits sur l’archipel, le kurume gasuri (久留米絣) de Fukuoka est typiquement nippon.

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Application du motif sur les fils de chaine d’après esquisse. © Japan Traditional Craft Ayoma Square, 2015

En effet, si la technique de l’ikat s’est propagée au Japon via son archipel le plus au sud, Ryûkyû, à proximité de Taïwan, le kurume kasuri a été élaboré au Japon. La légende veut que le terme et la technique viennent d’Inoue Den, une jeune fille née en 1788 à Kurume sur l’île de Kyushu, la plus méridionale des quatre îles principales du Japon.

Cette fille de fermier, âgée d’une douzaine d’années, aurait observé sur l’un de ses vêtements, que l’on peut supposer usagé, des points blancs. Evoquant des flocons de neige, le motif est alors tantôt nommé hakumonsanran (motif blanc éparpillé), yukifuri (chute de neige) ou arareori (tissu de grêle). Analysant la structure textile, cette enfant aussi curieuse que patiente, serait à l’origine de l’étape essentielle du kasuri, le kukuri (la torsion des fils).

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Les fils sont liés avant teinture. Les zones ainsi ligaturées sont « masquées » et préservées contre la pénétration du colorant. Cette teinture à réserve détermine le motif une fois la toile tissée, plus ou moins complexe. © Japan Traditional Craft Ayoma Square, 2015

Tissé par les agriculteurs dès la fin du 19ème siècle, ce tissu de coton envahit toute la classe populaire. Et jusque les années 1960, il est le tissu dédié aux vêtements de travail et au quotidien par excellence. Traditionnellement indigo, les couleurs et les motifs se sont renouvelés pour plaire au plus grand nombre. Même si les puristes ne voient qu’à travers leur bleu profond saupoudré de neige.

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Fils dénoués. © Japan Traditional Craft Ayoma Square, 2015

Une trentaine d’étapes de fabrication réparties en quatre principales phases sont nécessaires : la conception du motif (et son report minutieux sur les fils), le nouage des fils (la petite zone nouée est alors protégée de la teinture et restera blanche), la teinture (s’ensuivent le dénouage et le séchage au soleil) et enfin le tissage manuel. À chaque étape précise et précieuse, son artiste-artisan.

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Tissage à la main sur métier à pédales. © Japan Traditional Craft Ayoma Square, 2015

À l’instar du yuki tsumugi  (un pongée de soie) et du ojiya-chijimi, le kurume gasuri est élevé au rang d’art. Désigné  « bien culturel immatériel important » en 1957 et « métier d’art » en 1976, il fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions afin de préserver et transmettre ce savoir-faire dans sa tradition la plus pure.

Les images illustrant cet article sont issues de la video réalisée par l’Association pour la promotion de l’artisanat traditionnel.

Photo en Une : Kurume gasuri, motif ikat en forme de cristal de neige. © Japan Traditional Craft Ayoma Square, 2015


Auteur : Sylvie Marot


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