Julien Faure, créateur de rubans depuis 1864

Fondée en 1864 par Henri Faure, la maison Julien Faure est aujourd’hui l’héritière de plus de 150 ans de traditions et de savoir-faire textiles dans la région stéphanoise. Historiquement fortement exportatrice, l’entreprise ne s’est jamais contentée de son marché intérieur. Julien Faure a fait découvrir les richesses de la rubanerie à l’international, des États-Unis aux Émirats Arabes.

Labellisée Entreprise du patrimoine vivant, la société s’appuie sur ses 150 années d’expérience. Cette ambassadrice de la haute rubanerie livre ses héritages avec la plus grande modernité : histoire familiale, histoire industrielle, histoire de mode, histoire de design sensoriel.

02_Registre-de-patron_Julien-Faure_photo[c]Sylvie-MarotRegistre de patrons Julien Faure. Crédit photo : Sylvie Marot.

Créant parallèlement rubans et soieries, l’entreprise constitue à la fois un conservatoire actif des savoir-faire rubaniers et un centre d’innovation technique et stylistique. D’abord spécialisée dans les étiquettes et les rubans d’ornements d’église, la maison a diversifié ses productions au fil de son histoire pour produire des rubans jacquard et soieries destinés à la nouveauté, puis à la haute couture et l’univers du luxe. Sa force stylistique s’illustre par la maîtrise des jeux d’illusion, des reliefs et des matières. Depuis sa création, la société a inventé plus de 40 000 rubans et tissus. Seule limite, l’imagination des commanditaires ! L’ouverture prochaine d’une boutique en ligne est annoncée.

Le musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne, qui a célébré cet anniversaire, conserve une collection de robes haute couture constituées de rubans Julien Faure. Cet ensemble unique en son genre permet de sensibiliser à l’exceptionnel (aussi simple puisse-t-il parfois paraître).

05_Franck_Sorbier_Couture_Robe_Ernani_AH2006_300_m_de_galons_rubans_faconnes_et_broches_rubans_Julien_FAURE_expo_Les_Enrubannees_coll_MAISE_inv.2008.42.1__photo_[c]_Jerome_SchlomoffRobe Ernani Franck Sorbier Haute Couture Automne-Hiver 2006 dont la fabrication a nécessité 300 mètres de galons et rubans façonnés et brochés Julien Faure, Collection musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne, n° Inv. 2008.42.1. Crédit photo : Jérôme Schlomoff.

3 questions à Julien Faure, actuel dirigeant de la maison, cinquième génération.

En qualité de conservatoire actif des savoir-faire, pouvez-vous me parler de la place accordée à vos archives ?

Nous conservons des archives textiles variées. D’une part toutes celles de notre société tels des livres de patrons (décrivant les techniques), des pages d’échantillons (pour le ruban, tous les coloris de l’article), des liasses de tissus (dits rebracks). D’autre part les archives de sociétés disparues dont nous avons pu au fil du temps racheter des collections, voire la société ou son fonds de commerce. Nous pouvons citer Fraisse-Merley, Schoeler, Guinard, Jacquet, Bouchut Bernard, etc. Ces archives sont aussi constituées de livres de patrons, de liasses, d’esquisses. Il existe également des documentations commerciales ou des écrits concernant les échanges commerciaux.

En qualité de centre d’innovation technique et stylistique, quelle est la place de la recherche & développement ?

Nous avons toujours consacré environ 10 % de notre chiffre d’affaires à la R&D (incluant tous travaux de mise au point de collections, nouveaux produits, développements clients, etc.). Cette forte caractéristique fait partie de notre identité et nous a souvent placé en position d’être copiés. Aujourd’hui, notre société est composée de 45 personnes dont 7 travaillent à la constitution de nouveaux produits ou des collections. Nos équipes ont évidemment accès à nos archives.

ISE_inv.2008.42.1__photo[c]Jerome-SchlomoffCrédit photo : Jérôme Schlomoff

La production pour un ruban est très variable. Pour le ruban le plus simple et le plus rapide, elle atteint 150 m par jour sur une seule bande ; le métier lui-même pouvant tisser jusqu’à 20 rubans à la fois. Par contre, pour les articles les plus compliqués, en soie naturelle, la vitesse sera de 8 m par jour sur une bande. Ainsi de l’idée à l’objet fini, il peut s’écouler jusqu’à plusieurs mois si l’objet est totalement nouveau (fil, construction, caractéristiques recherchées). Par contre, étant donné l’étendue des produits répertoriés chez nous, une simple modification peut permettre en peu de temps (quelques heures, quelques jours) d’obtenir un produit innovant.

Le ruban : un objet de « haute émotion » ?

La part accordée à l’émotion est toujours grande. Bien entendu, elle n’est pas quotidienne, car malheureusement le dirigeant que je suis doit parfois passer sa journée sur d’autres sujets que des sujets créatifs. C’est néanmoins une vraie « récréation » que de pouvoir se consacrer à la « création ». L’émotion est présente lorsqu’on manipule des archives représentatives d’un travail très recherché. Les possibilités offertes par la combinaison du tissage jacquard et du tissage à navettes m’offrent heureusement encore pas mal d’occasions d’être étonné !

www.julien-faure.fr

Photo en Une : Ruban façonné Julien Faure. Crédit photo : Sylvie Marot.


Auteur : Sylvie Marot


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