Jean Revel, l'âge d'or des soieries lyonnaises

Figure majeure de la soie lyonnaise du 18e siècle et du style à la française, Jean Revel (1684-1751) a su imposer son style novateur au-delà des cours de Versailles et de Paris. Surnommé le « Raphaël de la soie », il rencontre un vif succès auprès des élites européennes, de Madrid jusqu’à Saint-Pétersbourg. Ce peintre, virtuose de la couleur et du dessin, a développé un univers textile marqué par la puissance de ses motifs. Jean Revel renouvelle le répertoire floral dans des créations de pure tradition baroque. Il fait vivre des bouquets de fleurs surdimensionnées, des images pastorales, mais aussi des chinoiseries sur fonds acidulés. Il peint ce style expressif sur des maquettes qui sont ensuite retranscrites en tissage et prennent toute leur force sur la soie.

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Fragment de soie tissée, Jean Revel, début 18e, Metropolitan Museum of Art, New York, Rogers Fund, n° Inv. 3.49.1

Son travail minutieux bénéficie des innovations textiles du siècle des Lumières. L’invention du métier à tisser à la tire – ancêtre du métier Jacquard – rend possible la production de motifs complexes d’une grande finesse. Son talent de dessinateur lui ouvre un marché international, il développe des mises en carte de haute qualité qu’il vend à prix d’or et qui se diffusent partout en Europe.

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Mise en carte, Jean Revel, France, 1733, musée des Tissus, Lyon, n° Inv. 40932

A la fois commerçant, entrepreneur et artiste, Jean Revel apporte également des améliorations sur le plan technique, en inventant un point de tissage qui permet de passer d’une couleur à l’autre plus progressivement. Le point de berclé appelé aussi point rentré consiste à créer des tons intermédiaires en trame, en enchevêtrant les fils de soie de couleurs différentes pour obtenir une transition plus subtile dans leur dégradé. Ce rendu de modelé offre aux soieries un effet de relief naturaliste et saisissant. Ses brocards multicolores exhalent une opulente séduction. Il sont utilisés pour décorer le mobilier, mais aussi pour l’habillement et notamment les “banyans”, ces robes de chambres masculines aux coupes d’inspiration asiatique.

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Banyan, soie, France, 1735-40, Royal Ontario Museum, Toronto, n° Inv. 909.33.1

Le maître Jean Revel et son voisin et concurrent, le grand dessinateur textile Philippe de La Salle dominent durablement la scène des arts décoratifs et nourrissent les manufactures de centaines de cartons précieusement conservés dans leurs réserves. Cette réussite sans précédent marque aussi l’apogée de la domination lyonnaise dans la production de la soie en Europe, concurrençant et surpassant les ateliers hollandais, italiens et anglais. Dans un souci constant de nouveauté et une politique commerciale agressive, Lyon gagne le nom de « Métropole de la soie », bénéficiant de sa proximité géographique avec Paris qui donne le ton en matière de style.


Auteur : Magali An Berthon


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