Jardins de velours

Le tissu « Jardinière » porte bien son nom. Ce velours de soie façonné révèle des motifs floraux audacieux, comme une plongée dans un jardin textile de la plus pure tradition baroque. Les motifs expressifs se répondent en miroir dans un entrelacement harmonieux de feuillages et de fleurs stylisées, comme de grandes arabesques colorées. Le style Jardinière joue sur le caractère tridimensionnel du velours, façonnant des reliefs en boucle ou coupés à ras pour un effet saisissant.

Jardiniere_velvet,_Italy,_Genoa,_early_18th_century,_silk_cisele_velvet,_view_1_-_Royal_Ontario_Museum_-_detail

Originaire d’Italie, cette technique de ciselé date de la fin du 16e siècle. Les tisserands travaillaient ces étoffes luxueuses sur des métier à la tire – ancêtres du métier Jacquard – ce qui leur permettait de créer des tissages d’une complexité remarquable. A cette époque, la production de velours se limitait à une poignée de centres textiles italiens : Gênes, Lucques, Florence et Venise. La ville de Gênes s’est spécialisée fin 17e dans la réalisation du style Jardinière, offrant une qualité supplémentaire à l’étoffe, passant d’un motif bicolore à un floral polychrome rubis et vert profond sur un lumineux fond champagne. L’ajout d’une soie teinte en rouge, obtenue grâce au précieux pigment extrait du kermès des teinturiers – une cochenille du Sud de l’Europe cueillie, séchée et broyée – apporte à l’ensemble un effet plus naturaliste et contrasté.

Si le velours était habituellement destiné à l’habillement, ces Jardinières tricolores ont été utilisées surtout comme tissu d’ameublement, pour embellir les assises, mais aussi parer les murs de riches demeures. Entre 1670 et 1750, ces tissus de luxe connaissent un rayonnement international. Ils sortent des palais italiens pour décorer les intérieurs de toute la noblesse européenne en mal de nouveautés. Ces velours ainsi affichés faisaient forte impression. Ils habillaient l’espace avec panache et éclat, exprimant une appartenance à un haut rang d’initiés.


Auteur : Magali An Berthon


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