Gali Cnaani, détissage, re-tissage et métissage

Pour l’artiste textile israélienne Gali Cnaani, la pratique du tissage doit commencer par un processus de déconstruction. Dans ses œuvres, elle commence par sélectionner des vêtements de seconde main qui vont attirer son œil. Elle débute son intervention par un processus d’effilochage des matières, puis en défaisant les coutures, jusqu’à ce que les fils se détendent et deviennent lâches. Gali Cnaani a développé une technique particulière qui lui permet de re-tisser ces vêtements dans un nouveau tissu. Le résultat apparaît comme une grille déformée, tel un hommage méticuleux au tissage traditionnel.

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Le travail de la tisserande remet en question habilement les réalités de la production textile d’aujourd’hui. Son choix se porte sur des matières premières brutes issues de pièces manufacturées industriellement, des vêtements ordinaires, produits dans des usines quelque part dans le monde. L’artiste textile vient donc apporter sa touche personnelle et artisanale sur des vêtements déjà fabriqués. Elle revisite des techniques de tissage manuel délaissées par la production textile moderne.

C’est dans cette idée qu’elle inscrit d’ailleurs dans les pages du catalogue de son exposition solo au Tel-Aviv Museum of Art en 2013 que le retour à la tradition est aussi un chemin vers l’innovation. Pour appuyer son point de vue, elle entreprend de déconstruire le tissu d’origine pour le recréer manuellement. Cependant, elle insiste sur le fait de maintenir un lien étroit avec le vêtement original : si le processus de détissage va trop loin, l’étoffe disparaît pour ne laisser place qu’à un tas de fils.

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Certaines des œuvres de Gali Cnaani sont des vêtements entièrement effilochés et reconstruits, tandis que d’autres travaux se concentrent sur des parties spécifiques du vêtement, comme les manches, les poignets ou les poches. Ainsi elle peut mettre en évidence les détails particuliers qui forment un vêtement, en les intégrant dans une structure à plusieurs couches qui souligne leur complexité.

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Les créations de l’artiste israélienne se placent à la frontière entre ancien et contemporain, tradition et innovation, production de masse et travail manuel. La dualité est également un trait manifeste de son parcours professionnel. En effet, les techniques de tissage traditionnel japonais ont eu une grande influence sur Gali Cnaani. Elle a notamment étudié quelques années à l’université d’Art et de Design de Kanazawa, où elle s’est formée à la technique difficile de la teinture et du tissage du Kasuri, l’ikat japonais. Aux antipodes de sa passion pour ce tissage manuel ancestral, l’artiste textile a aussi nourri une véritable fascination pour la production textile industrielle, collaborant en particulier avec la manufacture israélienne Polgat en tant que conceptrice de tissus de costumes pour hommes.

www.aidaarts.org/artist/Gali-Cnaani
www.browngrotta.com/Pages/cnaani.php


Auteur : Or Rosenboim


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