Gabriel Pionkowski, une exploration de la toile

Si les peintres ont de tout temps déconstruit et reconstruit les concepts de peinture, Gabriel Pionkowski le fait au sens littéral. Diplômé d’un Master of Fine Art de l’Université du Wisconsin à Madison, l’artiste, âgé de 28 ans qui se définit définitivement comme peintre et non comme designer textile ou encore artiste textile, explore la toile. Ainsi le support même du peintre, à savoir la toile tendue sur son châssis, fonde sa réflexion.

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Déconstruite (détissée), peinte (teinte), reconstruite (retissée), la toile se transforme pour créer une œuvre (textile) qui joue avec le fond (le sujet de l’œuvre) et la forme (la représentation graphique). Les pièces révèlent les supports usuellement cachés de la toile en créant une sorte d’abstraction, en livrant une certaine exploration du vide aussi.

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Par ailleurs, d’un point-de-vue textile (et non de celui du plasticien), la « toile » renvoie aussi à une armure (croisement de fils de chaîne et de trame). Armure qui se veut la plus simple des surfaces tissées, la plus ancienne aussi et qui ne distingue l’envers de l’endroit…

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Depuis 4 ans, la surface textile semble être au cœur de votre approche. Quel a été le détonateur ?
En résumé, je suis un tisserand autodidacte. J’y suis venue par la pratique soutenue de la peinture préoccupée par les manières de donner forme au « fond de la toile ».

Pouvez-vous décrire votre processus de travail ?
Ces dernières années, j’ai construit mes peintures selon ce procédé : déconstruction des toiles d’artiste prêtes à peindre, peinture de chaque fil individuellement et reconstruction des toiles sur un métier à tisser manuel. Déconstruire et reconstruire la toile est comme une performance silencieuse censée réinvestir le châssis entoilé, le subjectile (le support même sur lequel une peinture est créée). La place de l’image en est déstabilisée, et s’imprègne de ce que j’aime appeler la « possibilité de renversement », un mouvement immobile qui est devenu le moteur de mon travail le plus récent.

Quelle est la valeur ajoutée par la connaissance du savoir-faire textile ?
En tant que peintre, j’ai l’impression que l’acte de tisser aide à réaligner ma vision, à la remettre en question, à l’amener plus loin dans l’intervalle des fils.

Les métiers à tisser permettent une certaine reproductibilité. Quelle est votre démarche par rapport à l’unicité ou l’exceptionnel de vos toiles ?
Le métier à tisser permet littéralement cette re-présentation, ou selon vos termes, la reproductibilité de la surface de la toile. S’il y a une unicité à mes peintures, j’estime qu’elle réside dans la façon dont elles sont réalisées, une façon de penser autrement ce que peut être une peinture. Bien sûr, ce jugement ne m’appartient pas.

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www.gabrielpionkowski.com


Auteur : Sylvie Marot


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