Fair Isle, l'île au tricot

C’est un petit îlot de terre au large de l’Ecosse, d’à peine plus de 7 km2. Très isolé mais néanmoins habité, ce joyau de l’archipel des Shetland se distingue par ses nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, et il est également tristement connu pour les catastrophes maritimes et aériennes qui s’y produisirent au fil des siècles.

Mais surtout, Fair Isle est célèbre pour sa maille éponyme, motif traditionnel tricoté par les habitants de l’île. Cette variété de jacquard serait apparue au 16ème siècle : le naufrage d’un galion espagnol aurait alors amené sur l’île toute une équipée de marins vêtus de tenues aux motifs mauresques. Séduites par la résistance et l’épaisseur de cet accoutrement, ces dames de Fair Isle s’en seraient inspirées pour les reproduire à leur manière et en vêtir leurs époux, prenant au passage bien soin de varier les dessins pour en faire des éléments d’identification quasi infaillibles en cas de noyade de leur mari matelot. La technique, enseignée par les naufragés de la péninsule ibérique et transmise de génération en génération, est complexe et minutieuse : jusqu’à douze couleurs (et seulement deux par rang) produisent un dessin variant à chaque rangée de tricot, et le cœur du motif peut être réalisé dans une teinte différente. La diversité esthétique des ornements tient aux multiples influences culturelles ayant imprégné ce port de passage qu’est Fair Isle.

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C’est en 1921 que ce produit insulaire dépassa les frontières de l’île, et même du pays, lorsque le Prince de Galles Edouard VIII, futur duc de Windsor, arbora en public un gilet tricoté du fameux motif.

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Aujourd’hui, la production industrielle du tricot Fair Isle a largement supplanté l’artisanat local, et le motif fait régulièrement des apparitions sur les podiums des défilés ou les portants des grandes enseignes, sans qu’aucun de ces produits de masse n’ait jamais transité par les Shetlands. A tel point que le terme de Fair Isle en est devenu générique : il désigne, abusivement, un motif inspiré de l’original et non plus le savoir-faire local et ancestral qui lui était associé. D’aucuns revendiquent en ce sens une protection juridique de l’appellation – similaire à la législation en vigueur pour le Harris Tweed, de manière à éviter la dévalorisation de leur patrimoine. D’autres, plus optimistes, voient d’un bon œil ces abus de langage, permettant d’ancrer le Fair Isle dans les esprits à l’heure où les quelques dernières détentrices du secret de cette technique ont passé la barre des 70 ans, et où les cours de tricot ont été supprimés des programmes scolaires par le Parlement.


Auteur : Angèle Hernu


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