Elsa Esturgie, une sublimité austère

Après des études d’arts plastiques et l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Elsa Esturgie aurait pu se consacrer à l’art textile mais la finalité de l’objet la rattrape. Elle fait des vêtements, réalisant par la même son rêve de jeune fille. En 2006, dix ans après sa première collection, la Ville de Paris lui remet le Grand Prix de la Création.

Elsa Esturgie

Elsa Esturgie se passionne pour les fondements du vêtement et son outil de création indispensable, le textile. Elle en explore les ressources dans une approche artisanale. Ses premières expérimentations de création de matières lui valent d’être distinguée en 1997 par l’ANDAM (Assocation nationale pour le développement des arts de la mode). Parmi ses procédés mis en œuvre : l’application à chaud de bandes plastiques en couches successives ou le feutrage de fils de laine… Les pièces uniques et expérimentales des débuts ont laissé place aux séries limitées et expérimentées.

Elsa Esturgie

L’atelier calme et clair d’Elsa Esturgie se niche le long d’une impasse pavée qui respire le Vieux Paris au plein cœur d’un quartier historiquement industriel. La moitié de l’année, dans une solitude délicieuse, elle conçoit ses collections, été et hiver. Les tissus, sélectionnés avec soin, sont lavés et teintés. Ainsi contrainte et apprivoisée, la matière livre ses surprises tactiles. Suivent les manipulations en volume et modelage de la forme sur mannequin de couture et corps.

Elsa Esturgie

Il en résulte une quarantaine de prototypes qui constitue le goût de chaque saison. Une assistante modéliste se charge précieusement des patronnages et autres gradations. Loin de la production massive, moins de 2 000 pièces par saison, sont intégralement fabriquées en France, à Paris et à Niort. La marque elsa esturgie est diffusée dans 50 points de vente à travers le monde.

Nul besoin de défiler ou d’ouvrir sa boutique, nulle envie de parfaire son image de marque ou d’élaborer un plan marketing, Elsa Esturgie garde, autant que faire se peut, une distance avec son rôle marchand. La majuscule du nom propre abaisse sa casse pour signifier la marque.

elsa_esturgie_2013___photos__sylvie_marot__joran_lafleuriel_c_DSC_0039

Les vêtements elsa esturgie sont pérennes et intemporels. La beauté qui s’en dégage est celle des objets qui portent la mémoire du déjà porté. Y demeure un certain renoncement à l’éclat au profit de la patine du temps.

La nouveauté s’inscrit dans la continuité d’un style reconnaissable : une gamme de couleurs discrète et nuancée que sont les noirs, les gris, les marine, les blancs ; l’authenticité des tissus qui privilégie les fibres naturelles telles la soie, le coton et la laine ; le coupé franc et frangé qui évoque subtilement l’inachevé, les biais qui laissent vivre toutes les fluidités ; les plissés et drapés qui jouent avec les ombres, les poches et doublures qui suggèrent les vides et qui outrepassent volontiers les bords ; la transparence qui autorise la superposition ou la sensualité. Le motif et le décor sont aussi absents que le grain du tissu, lisse ou sec, laisse sentir sa présence.

Sans conteste, les valeurs de elsa esturgie sont nippones. Et les femmes, de tous âges et nations, qui la revêtent, ont ceci en commun d’être séduites par son esthétique minimaliste, son apparente simplicité, sa sublimité austère…


Auteur : Sylvie Marot


Share: