Daegu et des couleurs : la teinture naturelle en Corée

Daegu, ville de six millions d’habitants dans le sud-est de la Corée du Sud, abrite le musée de la teinture naturelle, véritable temple de l’artisanat textile ancestral coréen. Premier musée au monde spécialisé dans ce domaine, il nous plonge au coeur de l’histoire du pays, à la découverte des racines de cette région aujourd’hui industrielle mais réputée depuis toujours pour sa pratique traditionnelle de la teinture. Les procédés artisanaux y sont présentés de manière pédagogique, sous forme de scénettes retraçant les différentes étapes de la coloration et faisant appel à nos cinq sens – l’odorat est particulièrement mis à contribution par les senteurs de plantes tinctoriales qui se dégagent des étoffes.

Préserver et transmettre la tradition de la teinture naturelle : tel est le crédo de la région de Daegu, qui cherche avant tout à promouvoir la création locale. Ainsi, elle est autant impliquée dans la recherche et le développement que dans la production, deux activités qui contribuent conjointement à l’essor de l’économie régionale.

Utilisée surtout à l’époque pour teindre les vêtements endossés par les religieux ou les membres de la noblesse, les origines de la teinture naturelle en Corée remontent au IVe siècle. Technique ancestrale qui repose sur l’emploi de ressources entièrement naturelles – plantes, fleurs, fruits, herbes et autres écorces – elle permet de créer des coloris uniques, destinés aux teintures d’étoffes telles que les Hanboks, kimonos traditionnels coréens.

Un procédé riche de variations

L’extrême variété et la richesse des composants permet tout autant d’obtenir, par jeux de transparences et de superpositions de couleurs, une infinité de nuances et de gammes chromatiques qu’une excellente résistance des coloris. La combinaison de variétés de fleurs différentes permet également de rendre leur tenue plus résistante et ces colorants s’appliquent sur de nombreuses matières : soie, lin, chanvre, coton et laine. La finesse des organzas, les aspects changeants des velours dévorés, ajoutent encore plus d’éclat et de profondeur aux teintures naturelles.

Teinture naturelle en Corée

La teinture peut s’effectuer à trois stades de la fabrication : sur fil, sur écheveau, ou directement sur le tissu et selon une infinité de variations. Pour obtenir des effets de dégradés, les teinturiers froissent l’étoffe et préservent certaines parties de la teinture à l’aide de la technique du tie and dye, également utilisée pour l’ikat. Une fois que la couleur est fixée sur le tissu – qui peut avoir été au préalable lavé, délavé ou essoré à la main – on le laisse sécher au soleil afin d’obtenir divers effets de flou, de transparence et de camouflage. Enfin, comme en peinture, la teinture naturelle s’applique au pinceau, sur tissu mouillé pour permettre aux couleurs de se diluer.

Sur le plan artisanal, aucune limite : toutes ces techniques de teinture peuvent cohabiter à l’infini et intéressent donc beaucoup les créateurs, car elles offrent une richesse et une profondeur de gamme de couleurs inégalables. A partir d’une multitude de combinaisons, chaque produit devient alors unique et personnel.

Teinture naturelle en Corée


Auteur : Sabine Vanaverbeck


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