Coudre ensemble : quilt et activisme communautaire

Le quilt (ou courtepointe) est un art textile qui traverse les continents et les époques. Fondamentalement défini comme l’assemblage de couches de rembourrage et de tissu, si l’exemple le plus ancien conservé a été découvert dans une caverne en Mongolie, certaines preuves démontrent que les pharaons d’Egypte n’étaient pas non plus étrangers à cette pratique. Aux États-Unis d’Amérique, la courtepointe joue un rôle particulièrement central dans la société ; plus qu’un art décoratif, le quilt s’inscrit au cœur du mythe et de l’histoire du pays depuis ses débuts.

Amish Quilt

En raison du principe de patchwork de la courtepointe, il est souvent imaginé que cet art a été popularisé en Amérique par l’esprit de colonisation et par nécessité économique. Bien que cette notion évoque une image romantique de la vie des pionniers en quête de frontières, où une certaine élégance frugale régnait, c’est une idée fausse. En réalité, la courtepointe américaine n’a pas née dans l’Ouest de l’épargne et de la récupération de morceaux de tissu, mais cette pratique a plutôt émergée de l’excès dans la partie Nord-coloniale du pays, comme une activité de loisir de riches femmes pionnières américaines. En tant qu’artisanat, les coutures très élaborées et l’utilisation d’une grande variété (et grande quantité) de tissus laisse transparaître que ses adeptes avaient une abondance à la fois de temps et de richesse à leur disposition. Peu à peu, avec l’augmentation de la disponibilité des fournitures, la pratique du quilt n’a plus été que du ressort de la classe de loisir mais une pratique plus courante dans l’Amérique des années 1800. En s’étendant, la technique s’est déclinée en une large gamme de variations régionales, certains modèles correspondants à des lieux spécifiques et racontant des «histoires» très locales.

Cette dimension de communication collective supplémentaire, est sans doute ce qui fait de la courtepointe un classique attribut de l’expression de diverses causes politiques tout au long de l’histoire américaine. Par exemple, c’est grâce à la courtepointe que les premiers abolitionnistes ont recueilli des fonds et ont sensibilisé à leur cause anti-esclavagiste le reste du pays. De même, pendant la guerre civile, les deux parties belligérantes ont recueilli des fonds et produits des moyens de couchage pour leurs troupes à travers la production à grande échelle de courtepointes et l’organisation de foires au quilt.

AIDS_quilt_with_Michigan_Jaycees_panel

Dans l’Amérique d’aujourd’hui, la courtepointe continue de tisser des liens au sein de la communauté politique et populaire. En 1987 a débuté le projet de courtepointe américaine le plus renommé : le Projet NAMES, également connue sous le nom de AIDS Memorial Quilt, imaginé comme une façon de se souvenir de ceux dont les vies ont été perdues à cause du Sida. Dans une époque principalement marquée par le silence et l’invisibilité qui régnaient autour victimes de la maladie, ce projet était à la fois une expression de deuil collectif et une déclaration publique reconnaissant et honorant ceux qui perdaient la vie. Composée de plus de 48 000 panneaux, cette courtepointe est aujourd’hui, la plus grande œuvre d’art communautaire populaire dans le monde. Véritable témoignage du lien durable entre l’art de la courtepointe et l’activisme communautaire au sein de la société américaine, elle continue de croître, de voyager et d’être exposée dans le monde entier.

Aids Quilt


Auteur : Geoff Mino


Share: