Bleu de Chine : le batik des Miao

Le batik est une technique textile très ancienne qui prend son essor en Chine, à l’époque de la dynastie des Han de l’Ouest (206 avant JC – 220 après JC). C’est depuis un savoir-faire qui se transmet de mères en filles au sein des minorités ethniques du Sud-Est de la Chine, en particulier chez les Miao dans la région du Guizhou.

L’art de la teinture batik s’inscrit dans la vie quotidienne de cette ethnie. Les batik sont des tissus servant à la confection de vestes, de grands jupons plissés ou encore de parures de lit qui seront offerts lors de cérémonies traditionnelles comme les mariages, les enterrements, ou certaines fêtes de village. Ils sont symbole de fertilité, de chance et de prospérité dans la culture Miao.

La simplicité apparente de ces étoffes bicolores en bleu indigo et écru cache un processus de réalisation long et complexe de teinture en réserve. En effet, la création d’un batik passe par quatre actions bien distinctes : dessiner à la cire, teindre, faire fondre la cire et enfin rincer le tissu.

Sur une toile de chanvre, de coton rustique ou de jute tendue sur une planche de bois, les artisanes tracent patiemment des motifs avec un stylet plongé dans de la cire liquide, chauffée dans une soucoupe en métal par du charbon de bois. Leur outil ressemble à un couteau métallique conçu avec un creux en son centre pour y contenir la cire. De leurs mains expertes et agiles, les femmes recouvrent ainsi toute la surface du tissu. Cette technique manuelle leur permet de réaliser des motifs d’une épaisseur très variable, allant du plus grossier à la finesse la plus remarquable.

Les dessins représentent des animaux réels ou imaginaires comme des oiseaux, des poissons, des dragons, des papillons, mais aussi des fleurs et des arbres. Le répertoire de motifs puise son inspiration dans le folklore local, la nature environnante et une symbolique stylisée et géométrique.

La cire va donc s’incruster dans les fibres, formant une pellicule protectrice et empêchant ainsi que la teinture ne puisse être absorbée et ne colore le tissu.

Pour préparer le pigment qui donnera sa couleur bleue à l’étoffe, il faut mettre les feuilles de l’indigotier à fermenter à froid dans une jarre pendant une dizaine de jours. On y trempe ensuite le tissu couvert de cire, avant de le faire sécher au soleil. Il arrive souvent que la cire durcie se fendille et laisse ainsi des pigments bleus pénétrer ces fines craquelures, comme des ridules irrégulières. Ces effets aléatoires sont presque impossibles à être reproduits par un pinceau et ils confèrent ainsi au batik tout son caractère et son authenticité.

Pour obtenir ce ton de bleu intense qui tire jusqu’au noir, il faut répéter l’opération de trempage et de teinture à l’indigo trois à quatre fois par jour, et dans l’idéal pendant plusieurs semaines.

Enfin, après cette étape, on fait bouillir le tissu pour faire fondre la cire et révéler enfin les parties demeurées intactes. Au fur et à mesure que la cire se détache de la fibre, le motif en réserve apparaît sur la surface de la toile. Une fois rincée à l’eau claire et séchée à l’air libre, la pièce est enfin achevée et prend enfin tout son sens, dans un dialogue harmonieux de formes et de signes en bleu et blanc.


Auteur : Magali An Berthon


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